Un soupcon d'interdit

Publié le par Fan Tine

Un soupcon d'interdit

Veuve depuis bientôt dix ans, Daphné continue à se rendre chaque année à la Jouve, la propriété de sa belle-famille, près de Montpellier. Les années passent mais elle reste très attachée à Maximilien et Nelly, les parents, ainsi qu'à Ève, Béatrice, Vladimir et Dimitri, les frères et sœurs. Quelques jours ensemble pour se souvenir d'Ivan et, peut-être, tenter d'élucider les mystères qui entourent encore sa mort. Un décès accidentel, soudain, tragique, après une dispute sans précédent. Que s'est-il réellement passé ce jour-là ? Quelques jours aussi aux côtés de Dimitri, son confident, son ami. Une tendresse mutuelle qui pourrait laisser place peu à peu à d'autres sentiments...

Tout d'abord, un grand merci à mon amie Claire Cerna pour ce challenge Saint Valentin qui m'a poussée à bousculer mes habitudes de lecture. En général, je ne suis pas portée sur le courant littéraire sentimental mais je dois bien avouer que ce fut très agréable. Malheureusement, j'ai un peu tardé à commencer pour cause de lectures déjà en cours et je n'ai pu lire que deux livres dans le cadre du challenge, dont un encore non terminé. Et puis il y a eu les vacances, nos premières en famille depuis.............euh depuis toujours en fait. Alors il est vrai que j'ai plutôt profité de ma famille et de mes amis que je n'avais pas revus depuis mon déménagement il y a 5 ans. Mais j'ai quand même pu profiter de courts mais précieux petits moments d'évasion livresque.

Bienvenue dans ce huit-clos familial tendre, émouvant et bouleversant. L'épopée d'une famille aussi attachée qu'attachante aux personnages haut en couleurs, tellement humains qu'ils en sont d'autant plus proches de nous. Qui n'a jamais cotoyé une soeur exhubérante ou une maman trop mère poule ? Même sans être proche, on en a tous plus ou moins un qui gravite dans notre sphère, notre univers. Tiens d'ailleurs, parlons en des personnages. Ce clan soudé dans l'épreuve sait aussi régler ses comptes quand tel doit être le cas. Découvrir au fil des chapitres que l'homme irréprochable n'est qu'un immonde sale type, hypocrite, menteur et égoiste m'a mise au diapason de cette femme bafouée et de ses enfants. J'ai partagé leur dégoût, leur tristesse, limite leur haine pour cet homme que tous admiraient. J'ai adoré cette mère toujours aux petits soins pour sa famille, fusionnelle avec ses enfants mais ouverte aux autres, toujours prête à accueillir des gens à sa table et dans sa vie. J'ai aimé cette complicité entre frères et soeurs, cette union commune, cette joie de vivre individuelle devenant bien souvent commune, ce soutien indéfectible de chacun dans le bonheur comme dans le malheur. Et des secrets bien gardés mais des secrets qui tuent.

Et pivot central de cette saga familiale: l'amour qui s'ignore, celui fraternel qui devient petit à petit passionnel et limite obsessionnel. Daphné, de la famille mais par le coeur et Dimitri, de la famille de par le sang, l'une veuve l'autre orphelin de son frère. Un amour qu'on pense interdit mais qui n'est tabou que dans l'esprit torturé de ces deux êtres fragiles. Un peu genre " Suis moi je te fuis, fuis moi je te suis ". Tout d'abord lui mais pas elle puis ensuite elle aussi mais lui qui fuit. Je me suis souvent demandé quand il allait enfin se lancer, la tançant elle de n'y voir que du feu, frustrée que j'étais de les voir tourner ainsi autour du pot sans agir. Puis c'est lui que j'ai blamé quand enfin elle commence à réaliser ses sentiments de tout faire pour s'éloigner. Cette peur irrationelle de tout gâcher alors que rien ne serait plus beau, de choquer alors que finalement c'est seulement ce que tout le monde espère.

Puis il y a la Jouve, ce lieu hors du temps, ce nid douillet, cet univers qui se suffit à lui même. Une vraie petite ville miniature qui réunit en son sein toutes ces personnalités si diverses pour n'en faire qu'un tout harmonieux. Un havre de tranquilité, de bonheur qui tranche dans le stress quotidien, un lieu ou je serais bien venue me ressourcer moi aussi. Le temps de ce livre, c'est là que j'ai vécu, de petites vacances pendant les vacances, et j'y ai été heureuse avec eux. J'avoue que j'ai commencé ce livre avec appréhension, ne sachant si j'allais accrocher, ce genre n'etant comme je le disais pas un de mes familiers. Mais c'est finalement avec un petit pincement que je tourne la dernière page et que je repose le livre. C'est un peu comme une famille d'adoption que j'abandonne. Pour cette raison, je me tournerais plus souvent vers la littérature sentimentale.

Daphné se décida pour deux bouteilles de picpoul. Après tout, Max buvait le vin blanc comme de l'eau fraîche, ce serait parfait pour l'apéritif. Hésitant devant le casier, elle en prit finalement une troisième. Il y avait toujours beaucoup de monde à La Jouve, on ne savait jamais qui dînait là. Bien sûr, Max ne manquerait pas de lui rappeler qu'elle était une fille de la maison et n'avait nul besoin d'apporter quelque chose mais, d'une certaine manière, on s'attendait à ce qu'elle s'occupe du vin. Qu'elle donne son avis, fasse découvrir de nouveaux viticulteurs, passe les commandes. Grâce à elle, dans la cave voûtée de La Jouve, de bons crus vieillissaient sur les clayettes, préservés par une température constante.
Tout en rangeant ses bouteilles dans un petit carton gaufré, elle se laissa aller à sourire. Quitter Montpellier pour prendre la route des bois était assez réjouissant par cette chaleur qui ne cédait pas malgré l'arrivée de l'automne. Presque chaque soir, Daphné renonçait à regagner son studio sous les toits où elle étouffait. Et où, parfois, la solitude devenait pesante.
D'un geste machinal, elle remit une mèche de cheveux derrière son oreille. Elle les portait mi-longs et les laissait libres, fière de leurs reflets d'ambre. Comme elle n'était pas grande, elle se tenait très droite, avec un port de tête altier qu'on pouvait prendre pour de l'arrogance. Dans son visage aux traits fins, on remarquait surtout ses yeux de chat, dorés, pailletés, lumineux.
- Tu montes à La Jouve, ce soir ? lança Dimitri depuis le seuil du magasin.

Un soupçon d'interdit

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